Les claquettes du rail

Récit imaginé par Ludovica Gianocca, Dorothée Thevenaz, Sascha Nico, Tiago Neves Dias et Jean-François Hugues, le 30 janvier lors de la soirée de lancement de futurs proches à Lausanne.


Bob chante sous la pluie, suivi de centaines d’autres personnes, ensemble ils dansent, ils font des claquettes avec leurs souliers en marchant sur les rails. Sa chanson raconte l’histoire de sa vie et de la manière dont les Lausannois ont vaincu la sècheresse.

2030 une année charnière, la ville de Lausanne a été touchée par la famine et la sécheresse. Les citoyens impuissants assistent à la disparition des rivières et des lacs, dont le Léman. L’eau est partie, méfiante des humains, pour ne pas disparaitre totalement, elle se cache dans le nuage et dans les profondeurs de la terre. Des odeurs nauséabondes provenant des marécages font fuir la population vers les hauts de la ville.

Les rues sont vides, la gare est silencieuse. Un individu se promène sur les voies désertes. Il s’appelle Bob, ancien éboueur passionné de nettoyage, depuis des nombreuses années il consacre sa vie à la lutte aux déchets. Une larme coule sur son visage en se remémorant le triste sort que la vie à réservé à son père et à ses frères. La tradition voulait que tous les hommes de la famille se rendent au moins une fois dans leur vie nettoyer les rails de la gare. Dernier survivant de sa lignée, il eut la vie sauve grâce à l’ingénieuse idée de réaliser le rituel la nuit plutôt que le jour.

Photo by Daniel Lincoln on Unsplash

Les jours se succèdent, les semaines deviennent des mois, les rues de Lausanne sont témoins de confrontations et revendications de plus en plus assidues. La majorité s’oppose à ce que désormais l’opinion publique considère comme l’ancien système responsable de la sécheresse et de la famine. Dans l’effervescence générale, la sobriété a remplacé la logique du profit, la société de croissance a été balayée et les déchets ont disparus. Les assemblées se succèdent, les individus s’engagent avec l’espoir d’aller de l’avant et ne pas retomber dans les pièges du passé.

Bob est assis sur un banc, une lettre à la main, le regard dans le vide. Il a perdu son travail faute de la disparition des déchets. Après trois nuits sans sommeil, ne sachant quoi faire, il se rend auprès d’un psychologue du travail. Après un temps d’attente indéfini, côtoyant des êtres anéantis, le voilà enfin franchir le seuil d’une petite pièce faiblement illuminée (comme le préconise l’actuelle politique environnementale). Il est suivi par une femme, qui après lui avoir montré où s’installer, se présente. Elle s’appelle Bobine, psychologue et doctorante en rituel ancestraux et connexion à la nature par le chant et la danse. Elle écoute attentivement le récit de Bob, et sans hésiter elle lui donne rendez-vous le soir même à la gare de Lausanne. En arrivant à la gare Bob est surpris de voir Bobine avec deux grands balais. Les deux se rendent sur les rails. Après les premiers gestes un peu rouillés Bob retrouve l’élan d’un temps et Bobine le suit avec enthousiasme. Les balais et les souliers tintent joyeusement sur les rails. Spontanément Bob et Bobine se mettent à danser et chanter. Comme par magie, au son de la musique, quelques gouttes de pluie commencent à tomber du ciel. Consciente de l’urgence et du miracle qui est en train de se produire, ils rassemblent sur les voies de la gare tous les patients de Bobine, toutes les personnes sans travail et tous les habitants de la ville. La foule se met en mouvement guidée par Bob et Bobine.

L’eau, attirée par cette mélodie magnifique, quitte enfin les nuages et retrouve la surface de la terre, sinueusement elle rejoint les humains et ensemble ils continuèrent la danse de la vie.

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