Le LAB, une coopérative de transition en 2050

Récit imaginé par Barbara  Laguerre, Noé Tallon, Raphaëlle Sestranetz, Fatima et facilité par Kristalna Perrody dans le cadre l’atelier futurs proches réalisé le 23/04/2021 en collaboration avec le Social Up, la plateforme d’innovation de l’Hospice Général

Thème de l’atelier: Et si nous imaginions ensemble, un espace créateur de communs pour un mieux vivre ensemble sur nos territoires ? 


Josette est assise dans le parc, en train de dessiner… Au moment où elle relève la tête elle voit Roberto qui arrive dans sa direction, le pas lourd et la mine déconfite. Bizarre se dit-elle… lui qui est toujours de bonne humeur et plein d’énergie, elle l’interpelle :” Hé bah dis-donc, je t’ai déjà vue plus souriant. Qu’est-ce qui se passe gamin ?

– Ah salut Josette… Bof, pas trop la forme aujourd’hui, je suis un peu découragé, un mélange de déception, d’épuisement, de petites frustrations, puis d’autres trucs. Du coup je sais pas trop si je suis en colère, fatigué ou démotivé.

– Allez assieds-toi, raconte.

– hé bien, à chaque fois que j’essaie d’aider un jeune, il retombe dans ses travers. C’est un pas en avant, trois pas en arrière avec ces gamins. J’ai choisi ce métier pour faire la différence, en souhaitant faire évoluer les choses, mais parfois je finis par en douter et qu’au final c’était plus une grande illusion.

– Tu ne te rends peut-être pas compte mais chaque action à son impact. Et depuis que j’habite le quartier j’en ai vu des jeunes évoluer. On fait tous des conneries quand on est jeunes…”

Elle regarde devant elle et ses yeux se dirigent vers le haut, pensive.” Mais attends j’ai une idée. Suis-moi ! “. Elle se lève d’un coup et commence à partir sans l’attendre. Roberto surpris, se lève et la suit. Après quelques minutes de marche et une brève explication :  “Tu vas voir j’ai un endroit à te montrer. Et plutôt que de grandes phrases explicatives, le mieux c’est que tu découvres par toi-même.”


Ils passent le coin de la rue et arrivent devant un bâtiment attenant à un jardin et doté d’une place en demi-cercle. C’est drôle ces vieux murs, ce lieu est marqué par l’histoire, par le passé, et pourtant la vie y est présente fraîche et vivifiante comme un sentiment de renouveau, le contraste est saisissant. Il entre dans un autre univers où s’entremêlent des images et des émotions que suscite cet environnement particulier. Des jardins suspendus, des gens de tout âge qui échangent avec une certaine fluidité. Les yeux de Roberto parcourent les espaces qui paraissent multiples, protéiformes. Le lieu parait vaste et en même temps très dense. Au milieu de tous ces mouvements, ces couleurs, les différents sons que Roberto perçoit, les odeurs. Il s’en dégage une impression d’harmonie. D’énergies qui se mélangent pour composer un tableau en mouvement.

Un visage lui parait familier, une jeune femme s’approche de lui. Josette lui dit: Voici Marie, Marie je te présente Roberto. 

Marie: “On se connait, Roberto a été mon Référent quand je faisais mes TIG. Salut Roberto, ravie de te voir. Particulièrement ici. C’est en partie grâce à toi que j’en suis là, t’as contribué à mes réflexions à l’époque. J’ai avancé progressivement, et aujourd’hui je m’occupe de la coordination du LAB. Viens je te fais visiter. Je dois dire que je suis assez fière de ce lieu. D’un pas déterminé elle attrape Roberto par le bras et l’emmène pour une visite comme une fille heureuse de montrer à son père ses exploits.      

– “Incroyable cet espace de vie. Est-ce que tu peux m’en dire un peu plus ? demande Roberto

– Le LAB, c’est une coopérative qui réunit des acteurs physiques et moraux (entreprise, associations, start-up…) dont l’objectif est de créer des nouveaux types de modèles économiques, intégrant des personnes de divers horizons et de générations différentes, afin de proposer des solutions ayant un impact écologique positif.

– Haha, ok t’as bien bossé ton pitch. Mais plus concrètement ça se passe comment ? C’est quoi “ces nouveaux modèles économiques”? Comment ça fonctionne ?

– Yes, bonne question ! Alors ici c’est le lieu physique où les différents acteurs se retrouvent, mais tu peux imaginer la coopérative comme un regroupement d’acteurs qui se retrouvent autour de valeurs communes et le même objectif d’impact positif. C’est un espace qui nous permet de se réunir… Et en même temps ce n’est pas uniquement un lieu. C’est surtout une philosophie de vie, de liens, de relations, d’échanges. Des personnes qui ont décidé de bosser ensemble, de s’entraider ou d’apporter quelque chose de complémentaire à la vie. De manière large ! Concrètement, le LAB réunit actuellement 14 associations, 5 sociétés coopératives, une banque, un restaurant, une cantine, 2 cuisines libres et 3 start-up numériques…Il y a de tout ici, par exemple : une coopérative d’énergies renouvelables qui s’occupe d’implanter des installations de différentes tailles (des éoliennes, des hydroliennes, des panneaux solaires). Il y a une association qui propose des potagers clés en main, une autre qui propose des paniers de légumes. Ils revendent d’ailleurs une partie de leur productions aux 2 restaurants. Toujours dans une logique de circuits courts, de relation de confiance et de proximité. Il y a une école spécialisée avec des cours théorique et des cours pratique, on y enseigne par exemple l’éthique, l’empathie, mais aussi la programmation informatique et l’up-cycling. D’ailleurs une des start-up donne des cours (gratuits pour les participants) en échange d’une réduction de loyer pour les locaux.”

Elle dirige sa main vers un angle du bâtiment. “Là-bas c’est l’atelier, le lieu de bricolage sous toutes ses formes, avec tous les outils essentiels. On privilégie un maximum la réparation, la réutilisation d’objet et les low-tech.

– C’est ce qui se fait déjà depuis un moment, non ? La plupart de ces pratiques existent depuis les années 2000 – 2010.

– Exact ! C’est vrai qu’on a pas inventé grand chose. C’est comme tu le disais à l’époque : “Il n’y a pas de solution miracle, c’est à nous de construire nos solutions”. A force de recherches, de rencontres, de réflexions et de visites de nouveaux lieux de vie, c’est là que j’ai vraiment compris. C’est une multitude de solutions mises ensemble, articulées de manière complémentaire qui permettent de faire système autrement ! Ce qui a vraiment changé les choses c’est la diffusion du RTE en 2035. Cela faisait quelques années que des projets pilotes avaient été lancés dans le canton de Vaud, du Jura et en Valais. Les résultats ont fait leurs preuves. Du coup, cantons, communes et plusieurs institutions se sont associées pour subventionner et diffuser le concept à plus grande échelle. Genève s’en est inspiré. Cela a fait suite aux plans climats de l’époque. Tu te souviens tu nous en avais parlé.

– Haha oui, c’est vrai. A l’époque on pensait encore que donner une trajectoire et faire de la sensibilisation serait suffisant. Le RTE dont tu parles, c’est bien le Revenu de Transition Ecologique ?

– Tout à fait. 

– Et ça fonctionne ?

– J’attendais que tu me poses la question. Oui avec la bonne structure, le bon montage économique, ça fonctionne super bien ! Au début on a reçu de l’aide financière de plusieurs institutions pour payer les premiers entrepreneurs. Ce sont nos partenaires. C’est clairement grâce à eux qu’on a pu se développer car ils ont donné les fonds nécessaires au lancement mais ont aussi apporté de la crédibilité au projet. On a reçu aussi énormément de soutien humain. Du temps bénévole que certains nous ont offert, des connaissances, des formations, des coups de mains. Certains nous ont donné du matériel, d’autres des ressources moins tangibles. Et aujourd’hui on s’auto-finance ! On alimente même des fonds d’investissements locaux. 

– Whouahou ! A un moment j’y avais cru, mais face aux réalités économiques de l’époque… J’avoue que ça me paraissait trop utopique. Mais comment ça fonctionne économiquement ?

– Tous les acteurs reversent une partie de leurs revenus à la coopérative de transition, le LAB, en fonction de leurs moyens. Les versements se font essentiellement en monnaie locale comme ça on est sûr de garder la circulation de l’argent au sein du système.

– Ok, donc vous vous êtes inspiré des éco-villages dont on parlait beaucoup dans les années 2020.

– Oui et nous avons adapté les modèles à une population plus urbaine. Les éco-villages fonctionnait en milieu rural, ici nous avons pensé l’intégration d’activités différentes. La réhabilitation de certains bâtiments a été un point clé. La distribution des denrées depuis les centres de productions agricoles a aussi été primordiale pour l’approvisionnement en nourriture. Et au final de plus en plus de personnes ont souhaité prendre part au projet global. Aujourd’hui je te parle du LAB, mais en réalité c’est plus de 200 acteurs qui gravitent autour.
– Je suis vraiment  impressionné. Cela me fait du bien de voir ce lieu plein de vie, car des fois j’ai des doutes sur le sens de mon travail. Cela me remonte le moral. Un tel espace est très inspirant et cela me fait penser qu’il pourrait être utile à beaucoup de jeunes. Serais-tu d’accord pour intervenir lors d’une réunion avec des jeunes de quartier pour parler de ton parcours ?

– Avec joie ! On pourrait organiser aussi quelques visites du LAB et voir si certains ont envie de s’impliquer dans des activités, de manière ponctuelle ou plus. Ça on verra sur le moment, mais il y a toujours de la place pour de nouvelle personnes.

– Fantastique ! Je vais prévenir ma directrice et préparer la rencontre. Je te tiens au courant !Il se lève et aperçoit Josette en train de prendre soin d’un jardin suspendu un peu plus bas. Il s’approche, la prend dans ses bras. “Merci Josette.”

Elle lui renvoie son sourire, sans rien dire. Puis lui adresse un clin d’oeil de mamie complice, avant de s’atteler de nouveau à l’entretien du micro-jardin. Roberto repart d’un pas énergique. Les pensées remplies de joie. La vie est en constante évolution, en transformation. Soyons optimistes 🙂