Le feu des possibles

Récit imaginé par Florence de Lambert, Vanessa Weck, Antoine Drouillard, Antoine Berlioz et facilité par Olivia Segura lors de l’atelier futurs proches réalisé avec Bordeaux Bascule, le 12 décembre 2020.

Thème de l’atelier: “Imaginez un monde où chacun pourrait avoir plusieurs activités. Comment cela pourrait-il redéfinir notre économie et notre relation au travail et aux autres? Vers un Neo Homo Economicus ?”


Partage d’inspirations

C’était vendredi soir, Olivia marchait en direction de la veillée où se rendait tout le village

Elle était fâchée et pensait sans cesse : “pourquoi je suis obligée d apprendre toutes ces dates en Histoire, ça ne me sert à rien… moi je veux jouer au rugby, je serai championne du monde!… et aussi être vétérinaire pour soigner les chevaux, et pâtissière pour cuisiner de bons gâteaux, j’adore les millefeuilles!”

Le feu crépite, l’odeur du chocolat chaud chatouille les narines, les rires fusent. Victor s’apprête à prendre la parole :
“Moi ce que j’aime dans ma vie d’aujourd’hui c’est prendre mon temps, aller doucement, m’émerveiller devant la nature et pourvoir enseigner aux enfants a leur rythme. Avant j’étais professeur à l’école, les notes, la compétition j’aimais pas ça… maintenant que l’école est dans la vie, et que j’ai gardé un rôle de référent en parallèle de mes autres activités, les enfants viennent me voir quand ils ont besoin… pour apprendre à lire, pour faire une recette de cuisine ou pour apprendre à compter pour réaliser un partage équitable avec leurs copains…

Olivia se tourna alors vers un vieil homme, qui souriait avec béatitude et dont les doigts se baladaient avec souplesse sur la table devant lui comme s’il jouait au piano. Intriguée, Olivia s’arrêta, et osa; es tu pianiste? “Ahah, non je suis Bernard !”. Mais tu as partiellement raison, le piano est devenu une partie de moi-même. Je me lève le matin, et mes doigts crépitent déjà de bonheur. Je peux oublier de manger et de boire et me perdre des heures durant dans les collines et les forêts de la musique enchantée. Quelle chance d’avoir cette liberté! Olivia, étonné, reprit: “Mais ne te sens tu pas trop seul dans ce paysage musical?” Et Bernard de continuer avec un grand rire et ses doigts toujours en musique: “Non car j’ai la chance de retrouver toutes les semaines des amis et des inconnus autour des tâches collectives de ramassage des ordures”. Plus jeune, c’était mon métier et je souffrais de le faire quotidiennement de façon contrainte. Aujourd’hui c’est une joie de le partager avec les autres au service de tout le monde.

Danaé intervient alors: “vos récits me rappellent celui de ma tante. Elle voulait tout savoir, tout comprendre. Insatiable, elle dévorait les livres. Puis elle a passé ses différents diplômes avec succès. Passionnée, par son métier, elle y consacrait ses journées, jusqu’à ses week-end. Puis, …une lassitude, une immense fatigue l’a assaillie. Oui, elle aidait, elle donnait de son temps. Elle a tout arrêté et a décidé de partir, de voyager, de découvrir d’autres horizons, aller à la rencontre des autres, vraiment. Avant, les gens venaient la voir pour être soigné. Désormais, elle va vers eux, les écoute davantage, apprend d’eux. Elle a découvert que soigner peut s’effectuer en écoutant, en laissant l’autre s’exprimer. Son savoir, la technicité qu’elle avait apprise et perfectionné sont passés au second plan. Ses échanges et son aide reposent sur la présence à l’autre. Surtout ce savoir, elle peut le mobiliser dans diverses tâches, l’élaboration des paniers pour la collecte collective des fruits, les tamis pour sécher les champignons et tisser des façades. Elle participe aux réunions de communautés où elle séjourne en itinérance. En participant aux activités quotidiennes, elle s’enrichit et s’épanouit dans le partage. Donc, si elle avait cette expertise, la cantonner à un domaine, à une spécialité la sclérosait. Sans la chaleur humaine, le partage avec son voisin, sa voisine, toute son expérience était vaine. “

Bernard adressa un clin d’œil malicieux à Danaé. Le chocolat tourna autour du feu, chacun se servit. Les discussions reprirent sur d’autres sujets, dans la joie et la bonne humeur. L’ombre des flammes dansait sur la peau burinée des visages.

La petite Olivia, quittant alors l’espace du feu se rendit compte que ses questions sans être résolues, étaient déjà bien apaisées. Bien que les histoires soient inspirantes, elles sont accessibles lors d’une ouverture à l’autre. La clé de cette découverte fut la curiosité d’Olivia pour s’ouvrir à des possibilités infinies.

Olivia marchait alors d’un pas léger vers sa maison, le cœur pétillant et le regard brillant.