L’art de vivre

Récit imaginé par Coralie Peguet, Sophie Plumey, Florian Dhont et Marc Belloteau, le 30 janvier lors de la soirée de lancement de futurs proches à Lausanne.


Nous sommes en 2043, au coeur du quartier de Sauvabelin et du parc de l’Hermitage.

Ces endroits, déjà fortement végétalisés, ont fusionné pour former un vaste espace rural. Depuis la crise et l’effondrement du système, beaucoup de citoyens y ont trouvé refuge et participent au développement de ce milieu devenu à majorité agricole. 

L’avenir est incertain et beaucoup ont perdu espoir. La survie alimentaire, plus qu’une obsession, est devenue la raison d’être de tous. 

Raoul, jeune journaliste culturel, est peut-être une exception dans son quartier. Passionné et amoureux d’art depuis son adolescence et cette rencontre avec l’art thérapie qui l’a sauvé d’une profonde dépression, il voit dans cette obsession une forme de déshumanisation.

Son quartier a changé. Loin de satisfaire aux exigences des besoins primaires, le musée de l’Hermitage et ses oeuvres sont tombés dans l’oubli. Autrefois haut-lieu de l’art et de la culture, cette maison emblématique de Lausanne est devenue un vulgaire dépôt des récoltes alentours. Les oeuvres d’art, si elles ne sont pas tout simplement pillées, sont régulièrement souillées, déchirées voire détruites lors de l’entreposage des fruits et légumes.. De toute façon, qui s’en préoccupe ? Raoul en est malade…

Ce n’est certainement pas Bryan qui va s’en émouvoir, le directeur de la Migros de la Pontaise, qui y voit en ce lieu une formidable opportunité pour y développer un vrai centre de stockage. La sécurité alimentaire du quartier y serait assurée et c’est bien là la priorité. Pourtant sa fille de 17ans, Suzie, n’en a cure; elle déprime. Un vide l’envahit chaque jour un peu plus et cette préoccupation permanente qu’ont les adultes pour leur survie quotidienne la détruit. 

Son père ne sait plus quoi faire pour lui redonner goût à la vie. Et cela semble contagieux ! De nombreux jeunes du quartier se laissent mourir de faim. Le vague à l’âme, il semble qu’il manque un but à leur vie devenue survie.

Lors de ces pérégrinations nocturnes, Raoul s’introduit souvent dans les sous-sol du musée de l’Hermitage. Il ne peut s’empêcher de récupérer une par une les oeuvres d’art entreposées. Son but est simple, en sauver un maximum ! Le temps presse et ces chapardages nocturnes ne pourront plus continuer bien longtemps. Bryan est bien déterminé à mettre son plan en action et ce ne sont pas les citoyens qui vont l’en empêcher.

Une nuit, Bernadette, voisine du musée, le surprend en plein larcin ! Loin de le dénoncer, c’est plutôt avec bienveillance que cette professeur d’Histoire à la retraite, appréciée de tous, le questionne sur cette activité forte originale en ces temps de morosité ambiante. 

C’est ainsi qu’en lui expliquant son amour pour l’art et comment cela l’a sauvé, Raoul va se laisser convaincre d’utiliser ses oeuvres d’art pour mettre en place un atelier d’art thérapie dans le but d’aider les jeunes du quartier à retrouver espoir. 

Ayant réussi à convaincre de nombreux jeunes à participer à ces ateliers, nos deux compères obtiennent rapidement des résultats prometteurs. C’est ainsi que Suzie, la fille du directeur de la Migros, sort progressivement de sa torpeur lancinante. Son père, Bryan, comprend dès lors que nourrir sa fille ne le conduira nulle part sans prendre en compte ses autres besoins.

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Il décide alors de suspendre son projet destructeur et au cours d’une initiative citoyenne, les habitants du quartier décident ensemble de redonner vie au musée. Ce bâtiment deviendra un bien commun, un lieu de partage qui permettra à tous de se souvenir et de ne jamais oublier ce que signifie l’art de vivre…

N’est-ce pas là ce qui nous différencie des autres espèces animales, l’espoir ? Si les aliments nourrissent le corps, l’art nourrit l’esprit ! Ancienne prof d’Histoire, Bernadette est convaincue que l’émergence d’une nouvelle civilisation ne peut se faire sans identité, sans culture et donc sans âme. L’art est à la société ce que la faucille est à l’agriculteur, un outil indispensable au bon développement de l’espèce humaine.