16 Avr L’arbre qui rêve d’être un lac
Récit écrit par Riwan, Paskale, Theotim, et Valérie et facilité par Mathilde Guyard dans le cadre de l’atelier futurs proches réalisé le 16 avril 2026 en partenariat avec l’Archipel du vivant.
Thématique de l’atelier : « Et si en 2040 le centre Bretagne était devenu une biorégion ? »
Le soleil est enfin au Zénith ! Mon moment préféré de la journée est arrivé, comme chaque jour depuis maintenant 10 années solaires. Il fait très chaud, la vapeur monte du lac, et je vois dans la brume les premières barques pointer leurs nez. Je me gratte le pelage pour le faire briller en vue de toutes les caresses que je vais recevoir tout à l’heure, surtout de Louma et Cousk, mes humains préférés inséparables. Il faut dire que moi, Disquiz, je suis leur hermine préférée. Je les connais depuis qu’ils sont sortis à 3 min d’intervalle du ventre de leur maman, sur cette île qu’ils ont baptisé Awen dès qu’ils ont su parler. J’étais là dans les moments les plus beaux et les plus durs de leur vie ; quand ils ont appris à nager, Louma intrépide, allant toujours beaucoup trop loin, si bien que je devais la rejoindre à la nage – ce qui n’est pas facile pour une hermine – pour lui dire de faire demi-tour. Et aussi quand leurs parents en disparu quand ils avaient 10 ans dans un des incendies si nombreux d’avant l’effondrement. Heureusement, toute la communauté habitant au bord du lac s’est relayée pour s’occuper d’iels. C’est là que Cousk et Louma ont eu l’idée de transformer leur île en lieu de sieste et de soins quotidien, pour se remettre du solide travail du matin dans les jardins nourriciers. Et depuis lors, chaque jour, toutes les habitants et habitants des éco-villages du pourtour du lac sautent dans leurs barques dès qu’ils voient le soleil au Zénith pour rejoindre notre île ombragée pour le repas de l’après-midi. De nos jours, il fait de toute façon beaucoup trop chaud pour travailler après le repas. Ca y est, iels ont toustes débarquées et se dispersent joyeusement pour rejoindre leurs recoins préférés.
Là, sous la dernière kerterre construite, je vois mon ami Kousk avachi sur de gros coussins le nez dans un énorme livre multicolore. D’autres , près de lui dessinent ou colorient des mandalas celtiques , pendant que sur la place en terre battue au milieu de l’île de nombreux sièges sont occupés par des gens de tout âge s’abandonnant aux mains expertes de masseureuses. Ainsi chaque jour , après que chacun-e ait vaqué à ses occupations matinales , l’île Awen propose des temps de repos et de détente , invitant à prendre soin de soi et des autres.
D’habitude , je retrouve Louma sous la tente berbère dans des postures extravagantes selon moi mais qui pour elle sont ses moments de ressource et de créativité qu’elle aime ensuite partager aux enfants , habitant dans les écolieux du tour du lac d’Awen.
Avant cela , je pratique mon rituel quotidien consistant à aller me frotter à chaque humain-e pour recevoir au passage une caresse.
C’est donc toute excitée et impatiente que je furète entre les unes et les autres quand tout à coup je me heurte le museau aux sandales encore toutes chaudes de mon amie Louma ….qui n’y est pas !
Inquiet que Louma se soit enfoncée trop profondément dans les eaux traitres causés par les tourbillons d’eau enchevêtrés dans les racines du plus grand arbre de l’île d’Awen, je m’élance à toute vitesse vers Kousk et le siffle pour qu’il me suive. »
« Les bateaux se dispersent de toute part , les personnes affolées crient le nom de Louma. Le calme du lac s’agite , les oiseaux s’envolent et s’éloignent de leur nid, un vent souffle de plus en plus fort sur les voiliers, mais aucun signe de Louma. Kousk si proche de sa sœur s’est approché par intuition de l’arbre de Louma, puis entend le cri de celle-ci du haut de l’arbre. Il l’aide à descendre et aperçoit sur elle des traces de fruits sucrés. Après que son frère était rassuré, moi non plus je n’ai pas pu résister à ma gourmandise, et à lécher le délicieux jus autour de sa bouche. »
Une fois l’inquiétude passée, les humains rirent de bon cœur et répandent la bonne nouvelle auprès de ceux resté sur mon île. Puis, progressivement, certains parlèrent de supers coins qu’ils avaient découvert sur le lac, et d’autres encore montrèrent ce qu’ils avaient trouvé.
Et le lendemain ils en parlèrent encore, certain profitant dorénavant du temps de soin pour former des petits groupes de nageurs et de barques pour partir à la recherche des découvertes faites pendant les recherches.
Et ainsi, jour après jour jusqu’à ce qu’ils mettent en place une fête chaque année : « L’arbre qui rêve d’être un lac », où diverses chasses aux trésors ont lieux du zénith du soleil jusqu’à son couché, le jour où en cherchant Louma ils ont trouvé leur lac. »