Drôle d’époque

Drôle d’époque !

Où pour être solidaire avec l’autre, nous devons fermer nos bouches, laisser nos mains dans nos poches et garder nos distances. En ce temps de confinement, la coopération est indispensable à la survie de nos familles, amis, voisins, quartiers, communautés, villes, régions, pays, continents. Mais cette coopération prend une forme bien étrange et paradoxale. Surtout pour les cultures latines ou méditerranéennes pour qui la proximité et le toucher sont des marques de fraternité. Déjà avant le confinement, nous avions essayé de respecter les consignes de “distanciation sociale”, formule nouvellement apprise, en s’excusant avec dérision auprès des collègues ou connaissances dont nous ne serrions plus les mains. C’était déjà bien compliqué alors. Et cela nous parait être le siècle dernier. 


Nous compensons en souriant plus grand que d’ordinaire, en appuyant nos regards, en élaborant nos formules de politesse et en inclinant légèrement la tête. Nous ressemblons à des touristes occidentaux visitant le Japon et essayant de faire comme les Nippons. Gauches et vaguement honteux. 


Ça c’est pour le côté poétique de la situation. Mais comment être solidaires des plus vulnérables quand la solidarité consiste à se tenir à distance ? Comment prendre soin d’une personne dépendante quand chacune de nos interactions les plus bienveillantes peut causer sa perte ? Ni Skype, ni WhatsApp ne peuvent nous aider à résoudre cette équation. Les robots ? Cette hypothèse m’aurait remplie d’effroi il y a seulement une semaine. 


Mais aujourd’hui, les cartes sont rebattues. Les valeurs sont sens dessus dessous. Les priorités sont chamboulées. Et pas seulement en matière de civilités. 

Guenola Rasa