Vol sur le dos de Calvin

Récit imaginé par Sabine Ryckeboer, Camille Bierens de Haan, Cristina Iselin, Christophe Dunand, et facilité par Lucien Schiltz dans le cadre l’atelier futurs proches réalisé le 23/04/2021 en collaboration avec le Social Up, la plateforme d’innovation de l’Hospice Général

Thème de l’atelier: Et si nous imaginions ensemble, un espace créateur de communs pour un mieux vivre ensemble sur nos territoires ? 


“Ma petite Mathilde, faut vous habiller vite fait. J’ai une mission urgente pour vous. Rendez-vous dans une demi-heure au bureau.”

Nous sommes en 2021, il est 6h du matin. Mathilde, journaliste à la Tribune de Genève, reçoit un appel de son rédacteur en chef. Elle saute sur son vélo, échappe à quelques SUV de Cologny qui circulent sur les grandes artères à toute vitesse, et arrive transpirante sur les lieux.

“Tu vas aller en 2050 interviewer Calvin, notre aigle national et intemporel.”  

Elle en a le souffle coupé, et se demande comment son fiston va se débrouiller sans elle, lui qui à 15 ans commence à fréquenter les milieux des artistes urbains. Un rapide SMS à sa voisine qui va garder son fils et elle accepte en toute inconscience la mission. Et d’un coup elle se retrouve à 30 ans de là, en 2050, sur les bords d’un Léman bien transformé. Elle atterrit directement dans le nid de l’aigle, qui se trouve au sommet d’un des derniers grands arbres du canton, sur la colline de Cologny. Elle est chaleureusement accueillie puis ils s’envolent.

Elle demande d’aller à l’éco-quartier de la Jonction. “OK on y va” dit Calvin. “Tu vas voir tout a changé. Les séparations entre quartiers n’existent plus.”
Mathilde vole et vole sur le dos de Calvin, des jours durant. Régulièrement ils se posent et parlent avec les habitants. Tous les habitants connaissent Calvin, qui est un aigle facilitateur de relations humaines. Mathilde s’interroge particulièrement sur les relations sociales en constatant une ambiance conviviale, sécurisée par l’absence de voitures. 

Alors elle commence à poser des questions aux habitants….. Ali, réfugié Syrien depuis 30 ans lui raconte comment l’hospice général, comme institution, centralisée n’existe plus. Nous fonctionnons avec un réseau de soutien constitué de coaches, pour accompagner les personnes et soutenir leurs projets respectifs.

La notion du travail et de rémunération comme vous la connaissiez n’existe plus; comme explique Josette, 82 ans, affairée à réparer un canapé dans une arcade. Elle lui raconte comment le RBI (Revenu de Base Inconditionnel) lui a changé la vie, elle qui était au chômage en 2020. Le chômage n’existe plus.

Plainpalais est devenu un écoquartier incroyable. Les voitures ont disparu, les places de parc sont devenues des plantations de fleurs et légumes. Des milliers de vélos circulent, avec des transports en communs électriques automatiques. les rares véhicules qui restent sont des taxis et les pompiers.  La circulation en ville se fait aussi par téléphérique entre les hautes tours qui dessinent désormais la skyline de Genève.

Françoise, 40 ans, lui raconte de quoi est fait l’agora du Parc des Bastions (lieu d’échange de services, d’idées, …) où les habitants viennent échanger un peu de tout, avec une monnaie locale qui parfois n’a pas besoin d’être utilisée, puisque les gens échangent des services (un cours de maths contre un cours de danse par exemple). Les étudiants se retrouvent régulièrement pour s’échanger leurs manuels de cours, leurs habits, les bonnes adresses pour pouvoir vivre simplement. 

Rodrigue, 38 ans, raconte comment son métier d’éducateur social se pratique. Rodrigue est constamment en lien avec le réseau de soutien de Genève. Ce réseau comprend des coachs, des personnes ressources, des facilitateurs, etc. qui vont à la rencontre de chaque personne qui en a besoin et proche de son lieu d’habitat. Ce réseau soutient la population selon ses besoins et s’adapte à la demande de chacun (question sur la formation, problèmes familiaux, comment arriver à faire ceci ou cela, gestion du quotidien, etc.). 

Mathilde se rend compte que la vie en 2050 est bien plus attractive que celle en 2021, elle ne veut plus rentrer malgré tout l’amour qu’elle porte à son fils. Mathilde constate qu’au sol, les friches urbaines sont occupées par les artistes, notamment elle y reconnaît son fils qui est devenu une figure centrale du paysage artistique genevois avec ses créations éphémères et multidisciplinaires .Il n’y a donc plus aucune raison pour Mathilde de vouloir rentrer en 2021. C’est tellement mieux en 2050 !!