Toi ou moi

Récit imaginé par Nathalie Stumm, Yves Lannic, Claire Etiennet, Vianney Languille et facilité par Joffrey Lavigne lors de la soirée futurs proches consacrée au compte carbone, le 15 septembre 2020.


Martine et Martin se retrouvent dans leur maison à quelques kilomètres de Montauban, après une journée de travail.

Martine : Ben dis donc, t’en fais une tête !

Martin : J’en ai marre de ne pas pouvoir partir, encore une fois.

Martine : Laisse moi deviner, tu as encore pensé à nos vacances … l’été 2021 …

Martin : Oui ! Il nous faut changer quelque chose: on s’en sort pas avec nos bilans carbone. Soit on change de travail, soit on change de base de vie. Si on économisait sur nos trajets pour Toulouse, on aurait suffisamment de points carbone pour se payer nos vacances.

Martine : Bon d’accord mais ça veut dire quoi? Qu’on part s’installer à Toulouse près de mon boulot et que tu te cherches un autre job?

Martin: Mais tu sais on pourrait aussi rester ici et changer de vie. J’ai discuté avec Matthieu notre voisin. Il a rencontré une personne qui a quitté son boulot a Bordeaux pour créer une entreprise de maraîchage près de Marmande. Il paraît que ça marche plutôt bien et que d’autres personnes ont aussi monté des affaires simples pour répondre aux besoins de la vie de tous les jours en étant autonome: ils ont un atelier de réparation de matériel électroménager, quelqu’un qui s’occupe de faire des meubles… En fait ils se rendent compte qu’il est possible de faire un certain nombre de choses sans devoir forcément se déplacer dans une grande ville et sans avoir besoin de carbone sous la main en permanence.

Martine : Ok, mais moi je ferais quoi ? Je suis banquière pas artisane, je ne sais même pas changer un pneu.

Martin : Peut être, mais regarde la passion avec laquelle tu as animé cette classe de découverte il y a 5 ans. Tu as la fibre éducative, pourquoi tu n’essayerais pas de créer une école dans le village ?

Martine: Mais j’ai pas envie de changer de job. Et puis maintenant, les choses sont quand même bien pensées en ville pour se sentir proche de la nature, on n’est plus en 2020 ! Garder sa maison avec son grand jardin, c’est quand même un peu égoïste, si les 9,7 milliards d’individus faisaient ça, il n’y aurait plus de terrains agricoles ou d’espaces naturels. En plus y’a tout un programme d’incitation qui existe et qui pourra nous aider sur nos emprunts carbone.

Martin: T’y crois vraiment à ce programme ? J’en ai eu que des mauvais échos. Les aides financières n’arrivent jamais ou après plusieurs mois.

Martine : Y a pas que l’argent Martin ! Pense au bien être qu’offre la ville. En ville, on se déplace plus facilement à pied ou en vélo. J’aurais (enfin!) plaisir à aller au bureau en vélo.

Martin : Pfffff … tu dis ça mais je ne te vois pas sortir le vélo par mauvais temps… Et tu t’imagines, charger le vélo avec les packs de lait pour ton notre dernier petit bout? Tu penses à ça aussi?

Martine : On s’organiserait autrement. Imagine ce que nous pourrions économiser sur notre quota en vivant à nouveau en centre ville. Oui cela signifie renoncer à l’idéal que nous avions espéré pour nos enfants en nous installant à la campagne. Je vois d’autres bénéfices à ce changement de cadre: une vie sociale plus remplie avec des services rendus entre voisins, des retrouvailles avec nos amies de l’uni, tout ça me manque.

Martin : En habitant en ville, toutes nos courses du quotidien nous coûteront plus cher en carbone car on sera loin de nos fermes productrices habituelles. On fait quand même de grosses économies comme ça aujourd’hui. Donc pas sûr qu’on y gagne au quotidien.

Martine : Sinon, on pourrait prendre deux logements, on se retrouverait le week-end. Comme ça on économiserait en essence et en disputes …

Martin : Tu rêves ? Nous ne pourrons pas consommer 600Kg de carbone par an pour amortir l’immobilisation carbone d’un appartement supplémentaire loué en plus de son chauffage. Il ne reste plus rien pour un voyage . Il faut donc résider dans le même logement. Qui abandonne son travail?