Safari en zone de vie

Récit imaginé par Esther Huguenel-Durand, Jean-André Davy-Guidicelly, Damien Pasquali, Laetitia Gangloff et facilité par Alexis Louat dans le cadre l’atelier futurs proches réalisé le 11 février décembre 2021.

Thème de l’atelier: Relocalisation de nos activités “Et si en 2045, nous étions tous limités à ne pouvoir nous déplacer que dans un rayon de 200 kilomètres à la ronde, avec quelques dérogations ?”


Aujourd’hui, Léo a 10 ans.

Quelle excitation pour ce jour si spécial !

Mais comme à son habitude, il passe des heures à son activité fétiche : dessiner la carte de la forêt. A force d’ajouter des feuilles au fil de ses découvertes, sa toile est plus grande que lui ! Cependant, il est obligé de replier son œuvre car sa maman vient de l’appeler : c’est l’heure d’aller chez sa grand-mère Isabelle qu’il aime tant. En partant, Léo prend avec lui l’appareil photo que ses parents lui ont offert pour son anniversaire et sa carte pour la montrer à sa grand-mère. 

Sur le chemin, il croise dans la forêt une merveilleuse grenouille qu’il s’empresse de photographier grâce à son nouveau cadeau. Tout content de son cliché qui impressionnera sûrement sa grand-mère, photo-reporter à la retraite, il arrive en grande trombe :    

– Mamiiiiiiiiiie !

– Bon anniversaire Léo ! Je t’ai préparé une surprise.

-Moi aussi ! Regarde regarde ! Ca c’est une grenouille rousse ! 

-Wouah, quelle jolie photo, mais elle est toute floue, regarde j’en ai des plus belles pour toi ! C’est plein d’animaux que j’ai pris en photo quand j’étais plus jeune quand on avait encore le droit de voyager partout dans le monde.  

-Oh nooon ! Je les connais déjà mais je ne les verrais jamais ! Moi je préfère les vrais animaux.

– Mais il sont vrais, regarde ce lion, je l’ai pris en photo au Kenya dans ma jeunesse, c’est le pays en jaune sur ma carte, dit-elle en pointant son planisphère annoté de tous les pays dans lesquels elle a voyagé. 

– Le Kenya mais c’est très très loin, c’est hors de notre zone de vie ! C’est triste pour moi de penser à tout ça. 

– Mais autour de nous, il n’y a rien. Là je te parle des big 5, les lions, les éléphants, les rhinocéros… Le monde, la vie sauvage c’est ça !

– Faux ! Archi faux ! Regarde, je viens de dessiner notre monde à nous, ses frontières et tous ses habitants ; que tu ne connais pas du tout et regarde ! Ma carte elle est beaucoup plus grande que la tienne.

Sa grand-mère lui dit alors : “Mais Léo moi je connais le monde, je l’ai visité, au-delà de 200 km.”

-Ah ouais, t’es déjà allé à l’étang des grenouilles après l’arbre centenaire dans la forêt noire ? 

– Quoi ? heu.. Non mais c’est juste à coté la forêt noire…

-Bah voila, Tu vois tu ne connais pas le monde ! Viens je vais te montrer mon monde à moi ! 

Isabelle réalise qu’à force de partager ses photos de voyages, auxquels elle pense si souvent, elle s’est enfermée dans ses souvenirs. Car à l’époque, les “zones de vie” étaient bien plus grandes que 200 kilomètres : c’est le monde entier qu’elle a eu le plaisir et l’émerveillement de parcourir. Elle a toujours pensé que c’était bien triste pour ses petits-enfants, d’être restreint par cette limite. Mais face au désarroi de Léo, elle comprend qu’elle n’a pas assez prêté attention aux passions de son petit-fils.

– Léo, je te demande pardon. Tu sais quoi ? J’aimerais beaucoup découvrir ta forêt. Je ne la connais pas très bien tu sais.

Léo et Isabelle se rendent ensemble dans la forêt. Léo emmène sa grand-mère près de sa mare préférée.

– Attends-moi Léo ! tu sais que je ne suis plus toute jeune.-

Pardon mamie, dit Léo en lui tendant son bras pour l’aider à avancer. Mais tu sais il y a un arbre par là qui est beaucoup plus vieux que toi !

– Tu sais que je n’étais encore jamais venue ici ?

– C’est vrai ? pourtant c’est magnifique ! en plus avec les différentes saisons c’est jamais pareil ! je découvre tous les jours de nouvelles choses !Isabelle réalise alors qu’en effet, cette nature si familière et en même temps si différente de toutes les contrées lointaines qu’elle a visitées dans sa jeunesse, est magnifique. Elle se laisse séduire par le chant des oiseaux.

– Regarde ! c’est la grenouille que j’ai prise en photo! Tu vois, moi ce sont de vrais animaux, pas des photos, et je les protègerai pour de vrai quand je serai garde forestier ! D’ailleurs, tu peux me donner des conseils pour prendre des photos?


En voyant les yeux brillants de de son petit-fils, Isabelle redécouvre l’émerveillement de sa jeunesse. Elle réalise que cet émerveillement peut se faire localement et qu’il est encore plus puissant lorsqu’il est partagé avec ses proches.

Dorénavant, Isabelle organise toutes les semaines des projections des aventures de son petit-fils.