Gommer n’est pas jouer

Récit imaginé par Eve Demange, Claire Brossaud, Patrice Travail, Ruben Lambersy et facilité par Guenola Rasa, lors de la soirée futurs proches consacrée à la ville de Lyon le 7 mai 2020.


Chère dérogation, je suis partie,

j’en avais marre de toi, de tes chiffres et de tes croix à effacer tous les jours depuis deux mois. J’étouffais tellement ton espace était rétréci. J’espère que tu ne m’en voudras pas trop. Tout a commencé quand j’ai été piquée par une abeille sur mon dos de gomme. Elle s’appelait Maya ! Figure-toi que ça m’a donné des pouvoirs magiques. D’un seul coup, je pouvais effacer tout ce que je voulais ! Ça a commencé par la serrure, puis la porte de la maison. Je me suis retrouvée dehors. Libre !

Photo by Karly Santiago on Unsplash

J’ai eu envie de transformer la rue de la Part Dieu en prairie. J’ai essayé, ça a marché ! J’ai gommé tout le bitume, j’ai enlevé les voitures, j’ai poussé un peu les façades, et retiré deux trois immeubles. J’ai effacé les lampadaires. Et là, j’ai rappelé Maya l’abeille. Elle a bourdonné à l’oreille des hommes et ils ont construit une ferme sur la place Guichard. Ils ont installé 30 vaches ici, en plein milieu de la ville ! Ensuite, ils ont planté un potager avec des fraises, des salades, des herbes, des arbres fruitiers avec des abricotiers, des pêchers, des pommiers. Tous les élèves du quartier sont venus faire l’école au milieu du nouveau jardin de la Part Dieu. Les commerçants des Halles Bocuse sont arrivés avec leurs paniers pour cueillir des fruits et ramasser des légumes. Un cuisinier s’est mis à créer une savoureuse salade, l’autre a monté une mayonnaise avec les œufs du poulailler et trois passants ont commencé à manger des pommes.

Après j’ai continué avec tout le quartier. Je n’ai quand même pas osé supprimer la tour oxygène de peur de m’effacer moi-même parce qu’on appelle ce bâtiment “la gomme”. Par contre j’ai supprimé le crayon, l’autre tour. Terminés les gratte-ciel ! Terminées les banques ! Terminés les parkings souterrains ! Maya est revenue et elle les a même transformés en forêts, en rivières et en lacs.

Après tout ça, tu imagines bien que j’avais pris goût à la liberté et à la nature. J’en avais pas encore fini. Alors je suis allée à la gare et j’ai pris le train GGV (Gomme à Grande Vitesse) de 7h06 pour Bordeaux. Et me voilà maintenant, installée sur les bords de la Garonne en train de t’écrire. Je crois qu’il y a pas mal de choses à effacer ici aussi.

Bon baiser de Bordeaux.