Bonne nuit les petits poissons

Récit imaginé par Katia Burri, Luxe Petitprez, Benjamin Rey, Nicolas et Alexis Moeckli, lors de la soirée futurs proches consacrée à l’après-coronavirus, le 16 avril 2020.


Très longtemps après nos jours …

– Les enfants, laissez-moi vous raconter une anecdote de ma jeunesse.

– Oh non ! Pas encore cette histoire, tu nous racontes toujours la même !

– Mais c’est parce qu’elle est géniale ! Je l’adore.

– Mon récit commence à l’époque où la Terre était habitée par des humains très énervés et très dynamiques qui bougeaient, couraient, voyageaient et naviguaient dans tous les sens. En ce temps là, je n’étais pas spécialement en forme. Je me sentais un peu à l’étroit, je prenais du volume à vue d’oeil! J’ai toujours eu un poids fluctuant mais là c’était particulièrement rapide ! Et j’avais de la peine à m’endormir avec toute l’agitation des humains. ça me donnait de ces gaz, et des remontées acides…et parfois je me prenais de ces suées !”

– “Papa, non !”

– “Oh pardon, si on ne peut plus parler de ces choses-là… Bon je continue…

Photo by Cristian Palmer on Unsplash

Mais soudainement, à la fin de l’hiver, tout est devenu très calme, si calme, un peu trop calme. C’était inexplicable, je n’ai pas compris pourquoi. J’ai donc décidé d’envoyer mes plus fidèles éclaireurs, les dauphins (ils ont toujours été potes avec les humains) pour savoir ce qu’il se passait sur le littoral. Ils sont revenus au bout de quelques jours, brayant tous en chœur la même nouvelle : une pandémie est en cours sur Terre, elle tue les humains, notamment les plus vieux d’entre eux et pour se protéger, ils ont décidé de stopper toutes leurs activités habituelles !

Je me suis retrouvé un peu décontenancé, je n’aime pas me retrouver dans le vague. Je m’étais habitué à la présence de toutes ces grosses coques flottantes, je m’amusais bien à les faire rouler entre mes creux et mes bosses, à les asperger. J’ai l’impression qu’ils aimaient bien aussi parce qu’il y en avait de plus en plus. Quand j’y repense, qu’est-ce que je me me marrais bien.

Et ce qui est fou mes enfants c’est que depuis cette fameuse pandémie chez les humains, tout va bien pour moi. Tout est resté calme ensuite. Alors oui, j’ai eu du mal à m’habituer à leur brusque état de tranquillité, à la disparition de toutes ces distractions qu’ils me procuraient, ces petits êtres humains. Mais au bout de quelques temps, j’ai réalisé que ce n’était pas la mer à boire. Que je savais très bien m’occuper autrement, par exemple en prenant soin de vous, mes chers enfants. Je me suis même motivé à apprendre le requinois (langue des requins) alors qu’il y a 49 voyelles, c’est hyper dur. Bref, tout ça pour dire que c’était quand même mieux pour moi, pour ma santé. C’est même à ce moment que j’ai maigri et pris moins de place, sans que je ne fasse quoi que ce soit ! J’avais retrouvé ma prime jeunesse! J’étais fort et vaillant, doux et scintillant. J’étais frais comme la banquise du Pléistocène ! C’est d’ailleurs à cette époque que j’ai connu votre mère… je vous ai déjà raconté ?

– Oh non! pas encore celle-là!

– Oh bon d’accord, les enfants, alors je vous laisse tranquille pour ce soir et vous dis bonne nuit, dormez bien!

Capsule réalisée par Antonio Meza lors da la soirée du 16 avril, 2020. www.antoons.net