Bas les masques!

Récit imaginé par Marie Perin, Patricia Le Pimpec, Elodie Mouterde, Arthur Hawkins et facilité par Julie Obert, lors de la soirée futurs proches consacrée à la ville de Lyon le 7 mai 2020.


Il fait beau ce matin, le soleil brille et avec les copains de l’école “Vagabonde”, aujourd’hui, nous posons le campement au Parc de la tête d’or !

Je connais bien le parc, on y va souvent avec mes copains pour visiter la roseraie, les serres botaniques, pour voir avec le maître les plantes et les oiseaux, parfois on y fait du sport, et puis on va s’occuper aussi des courgettes et des petits pois qu’on y a semés le mois dernier dans le jardin partagé. C’est un grand Parc, je l’aime bien. On y est bien. On y va avec les enfants de l’école pour y jouer et découvrir en petit groupe. Dans ma classe on est nombreux, on est dix mais on se connaît tous bien. 

Aujourd’hui, on a le droit de jouer librement à travers la petite forêt. Adrien et Claire sont avec moi. Notre jeu préféré, c’est de nous faire peur. Avec Claire on s’amuse à se cacher derrière les arbres et on sort brusquement dès qu’Adrien s’approche. 

“Ahhh! “J’ai trouvé quelque chose de bizarre”.  “Un truc tout mou”. 

Le cri de Claire nous a fait sursauter Adrien et moi. Alors on s’approche et on découvre son espèce de tissu sauteur, un peu gris avec des élastiques sur les côtés. Je n’ai pas envie d’y toucher. 

Adrien, lui, toujours le premier à vouloir vivre de grandes aventures, l’attrape avec un bâton et le brandit en l’air, dans ma direction, juste pour me faire peur… 

– “Ta ta la ta ta, et voilà le bateau-pirate qui s’avance pour aller à l’abordage du navire de marchandises !”

– “Eh, arrête, c’est dégueulasse”! Mais non, il enchaîne et utilise le truc bizarre comme un chapeau. Il se prend pour le chef des pirates. Puis Claire récupère le chapeau et part à la recherche de champignons, la chose devient un sac. Et elle nous raconte sa recette qu’elle pense faire pour le déjeuner. Adrien le récupère encore et se sert du tissu sauteur comme une catapulte. À mon tour, je me saisis de l’objet, je le regarde longuement et je le mets sur ma bouche, mes deux camarades rigolent : 

” Mais pourquoi mettrait-on ce truc sur notre bouche ?” ,  ” Tu sens pas bon de la bouche ?” , ” Ah non c’est parce que tu tires la langue en fait !” , ” Tu ne veux pas montrer que ta bouche est toute tordue !” , ” C’est trop triste avec cette chose on serait tous pareil…”, ” Bah non, je me disais que si vous dessiniez dessus je pourrais devenir un chat, un éléphant, un super-héros masqué ou même un extra-terrestre”, 

Photo by L N on Unsplash

” Ah oui, en gros c’est comme les photos truquées où on se rajoute des trucs, mais en vrai!! La classe !”

Adrien, Claire et moi, on a passé toute la matinée à mimer tour à tour tous les animaux du parc puis on s’est transformé en grandes personnes qu’on admire, et à la fin on a  inventé des langues dans lesquelles on parlera dans le futur. À ce moment-là on s’est dit qu’ils avaient quand même vachement de chance d’avoir cet objet avant, peut-être que plein de personnes en avaient chez eux et qu’ils pouvaient se transformer comme ils voulaient. 

Avant de repartir, je me rends compte qu’un vieil homme nous regarde de loin. Je le vois se lever lentement de son banc. Adrien, le voyant aussi arriver, se tourne vers nous : “Il n’a pas l’air commode et il arrive ! Je crois bien qu’il va s’énerver, regardez il ne sourit même pas”. On s’arrête tous les trois de jouer et on se tourne complètement vers le vieil homme. Comme on a l’air surpris, il sourit : “ne vous arrêtez pas chers enfants, jouez !”, nous dit-il. On reste bloqué, il nous fait quand même un peu peur. Il ajoute “cet objet que vous voyez là, on l’appelle masque et on ne joue pas avec, on le met sur la bouche pour se protéger. Mais avant de l’utiliser on aurait dû vous regarder. Nous aussi on aurait dû jouer, un peu avec ces masques et apprendre à en rire. Ne vous arrêtez pas, ne vous arrêtez jamais de jouer!  C’est par le jeu qu’on trouve les meilleures inventions, “.